DES ETOILES PAR MILLIERS...

Ciel de Paris

Mercredi 13 mars 2013
« Il y eut un éclair... »

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  Lara vient de relire ce curieux mail quand jaillit un éclair et soudain l'écran s'obscurcit, tandis que s'éteint en douceur le chuintement du ventilateur de l'unité centrale.
« Et merde, c'est quoi, ce plantage ? »
Il fait nuit noire. C'est plus qu'un plantage : le disjoncteur a sauté. Non, ce doit même être une panne de secteur car seule une lueur laiteuse sourd des fenêtres. À tâtons, Lara se rend dans la cuisine et découvre soudain un ciel piqueté de milliers d'étoiles scintillantes, comme elle n'en a vu que lors de vacances en haute montagne ou dans le désert saharien. Et non seulement les étoiles, mais la Voie lactée et les taches de plusieurs formations d'ordinaire totalement invisibles en milieu urbain à cause de la pollution lumineuse : il faut que la panne ait au bas mot touché toute l'agglomération.
Lara se précipite vers le poste à transistor qu'elle sait posé sur l'étagère et, tâtonnant toujours, l'allume : rien. Friture généralisée, souffle et bruit blanc. Elle balaye les fréquences, passe en grandes ondes : idem.
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Retour dans le séjour. Par les grandes baies vitrées, le spectacle est à couper le souffle : dominant une ville plongée dans la nuit, un ciel d'un noir éblouissant semble déverser sur elle des brassées de joyaux. Plein sud, Arcturus scintille, phare jaune orangé presque aveuglant, accroché au parachute du Bouvier, tandis qu'un peu plus bas sur l'horizon, presque à sa verticale, la tache ovale nacré de Saturne accompagne l'éclat adamantin de l'Épi de la Vierge. Mais plus que ces astres normalement visibles même en pleine ville tant leur éclat est vif, le plus incroyable,c'est ce foisonnement de traces laiteuses ponctuant cette région du ciel : tous ces amas de la Chevelure de Bérénice, de la Vierge et du Lion, qui en temps normal sont en limite de visibilité à l'œil nu, Lara les devine sans peine. Le ciel a pris cet aspect presque irréel des plus belles photos d'astronomie ou des spectacles de planétarium. Levant les yeux, elle aperçoit sans peine, presque au zénith, le petite tache floue de l'amas d'Hercule...
Un bruit incongru au niveau de la rue, lui remet toutefois rapidement les pieds sur terre : les sabots d'un cheval ! Et lorsqu'elle se penche, en effet, elle est sûre d'avoir vu passer un fiacre, juste au pied de l'immeuble : spectacle encore plus incongru que tous ceux auxquels elle a pu assister la nuit précédente. Cette fois, c'en est trop, un vertige la prend, elle se raccroche au dernier moment au chambranle de la fenêtre, prête à défaillir. Ses oreilles bourdonnent. Elle ferme les yeux.

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cette page © 2000 Jean Bonnefoy & Gérard Briais
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LA FORTERESSE DE MÉTAL
chez RIVAGES-FANTASY

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* L'image ci-dessus a été obtenue par retraitements successifs d'images calculées à l'aide du logiciel d'astronomie Skymap de Chris Marriott.

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